• Boisson Divine : mon interview par mail

     

    Boisson Divine : mon interview par mail

     

     

    Interview que j'ai fais par mail le 22 mai avec Baptiste Labenne

     

    Bonjour, je m'appelle Valérie ! Pouvez-vous vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas ?

     Baptiste : Je te mets un extrait de la bio officielle car il faut bien la rentabiliser (rires)

     

    « Boisson Divine est le projet musical de deux amis d’enfance, qui se sont rencontrés sur les bancs du collège, dans un petit village rural de la Gascogne Armagnacaise nommé Riscle. Leur style est un mélange un peu improbable de tout ce que les musiciens affectionnent : Une base Heavy/Power Metal, l’énergie du Punk-Rock, les instruments traditionnels de leur région, la polyphonie pyrénéenne et tout cela, chanté majoritairement en langue Gasconne. Au fil des années, sans rien préméditer, ils réalisent qu’ils ont accumulé assez de compositions pour pouvoir sortir un album. Ils s’attèlent donc à la tâche et en 2013, sort leur premier album «Enradigats », Contre toute attente -et surtout la leur- le succès critique est au rendez-vous et les chroniques élogieuses se multiplient. C’est alors que les demandes de concerts affluent. Ne pouvant pas se produire en live, par manque de musiciens, le groupe va progressivement remédier à ce problème. En deux ans le duo va devenir sextet. Ils commencent à faire leurs premières armes, en local, dans le milieu Occitanophone -très friand de leur démarche linguistique- sans toutefois jamais jouer devant un public typé Metal. Petit à petit le côté scénique prend de plus en plus d’ampleur dans la vie du groupe. Leur deuxième album « Volentat » sort début 2016, plus mature et plus recherché, cela marquera un tournant et permettra au groupe d’enfin jouer dans le milieu Metal dans toute la France , en Belgique et au Japon, pour de très jolis festivals (Ragnard Rock, Cernunnos, Sama’Rock, Trolls et légendes, Paris Metal France Festival, Pagan metal horde…).

     Jouant sur plusieurs tableaux et armés d’une motivation sans faille, ils sortiront leur troisième opus « La Halha » le 27 mai 2020. Un album encore plus adulte, personnel, avec un large panel d’influences et une richesse musicale encore plus étendue tout en restant fidèle à leurs racines, leur côté accrocheur et entraînant. »

     

    J'aimerais savoir comment vous allez et comment vous vous êtes organisés par ces temps de confinement ?

     Très bien, merci. Personnellement, le confinement n’a pas changé grand-chose pour moi. Etant viticulteur, le travail à la vigne n’a pas cessé. Seules les ventes ont ralenti. Mais j’ai été bien occupé tout de même. Egalement, l’arrêt des compétitions de rugby m’a donné plus de temps à consacrer à la promotion du nouvel album, ce qui n’est pas un mal (rires). Concernant le groupe, nous n’avions pas prévu grand-chose pendant cette période niveau concerts ou autre. Cela ne nous a pas du tout impactés, même si on aurait aimé se voir pendant cette période. Notre guitariste Luca est celui qui en a le plus souffert mais il a trouvé le salut dans les cigares, l’alcool et le blues.

     

    Revenons à une question essentielle, qui je suppose vous a été posé des milliers de fois (mais pas par moi...), votre nom : Boisson Divine ? Mais quelle est-t-elle ? Plutôt référence mythologique ou médiévale avec l'Ambroisie ou l'Hydromel ou plutôt régionale avec l'Armagnac ou le Floc de Gascogne ? Ou autre? Et pourquoi ce nom ?

    Nous avons l’habitude de répondre : A chacun sa boisson divine. Mais bien entendu, il y a plusieurs conditions pour accéder à ce rang là, il faut que ce soit une boisson issue de la fermentation, qui demande du travail, qui a une histoire, qui a traversé les époques défiant les modes. Notre région est bien entendu très fournie en la matière : Floc, Armagnac, Vins.

    Voilà, une boisson divine doit répondre a ces critères, ça ne peut pas être un prémix vodka/pomme ou une saloperie du genre de chez Monoprix, consommé à la va-vite par une troupe d’escogriffes et de gougnafiers en puissance.

    Nous avions choisi ce nom dès le collège car c’est un terme qui revenait fréquemment dans nos chansons à l’époque. Si on devait le choisir aujourd’hui, je pense qu’il serait différent, en Gascon forcément mais bon on ne peut pas refaire l’histoire, il faut faire avec maintenant (rires)

     

    A une époque où tout le monde ou presque chante en Anglais, vous, vous décidez de ne pas choisir cette langue, et même vous décidez de ne pas chanter en français non plus, mais en langue gasconne. Est-ce que vous pensez que le message, vos idées ou vos passions s'expriment mieux en gascon ? Ne craignez-vous pas de vous « couper » si je peux m'exprimer ainsi d'une partie d'un public, par faute d'incompréhension de la langue ?

     L’adoption de la langue Gasconne s’est fait progressivement et très naturellement dans nos textes. Nous n’en avons même jamais discuté, cela nous semblait couler de source. Nous ne réfléchissons pas en termes d’impact maximum ou de pseudo universalisme qui finit souvent par être le bourreau des cultures locales. Nous chantons en Gascon car c’est notre langue et qu’elle est parfaite pour le style que nous pratiquons. Cela permet de nous démarquer également et d’affirmer fortement notre identité musicale. Bien sûr, un auditeur à l’oreille formatée par l’Anglais aura probablement du mal à accrocher et cela représente sans doute une partie du « grand public », mais quand on a une démarche artistique sincère on ne raisonne pas comme ça. Nous faisons exactement la musique que nous avons envie d’entendre, sans se poser trop de questions.

    Nous pourrions très bien chanter en Anglais, nous le parlons mais est-ce bien judicieux d’employer une langue qui n’a pas de conjugaison, ne différencie pas les genres et ne roule pas les « r » ?

    Et puis qu’on ne me fasse pas le coup de la langue, les Français ont un niveau en Anglais très faible et 90% des gens qui écoutent des trucs en Anglais ne pipent strictement rien à ce qu’il se raconte dans les chansons. Bon ok ce paragraphe est absolument gratuit mais ça fait du bien (rires)

    Plus sérieusement, les gens qui écoutent du folk metal sont sensibilisés à l’écoute de langues très différentes. Cela n’est pas un problème, nous sommes écoutés sur tous les continents (à part les pôles ahah). Nous utilisons l’Anglais pour la communication et échanger avec les fans du monde entier et nous mettons un point d’honneur à traduire nos textes en Français, Anglais, parfois même en Espagnol. Nous avons envie que les gens comprennent ce que l’on raconte et s’intéressent à notre langue et notre culture qui méritent qu’on les défende.

     

    Je dois bien avouer que la documentation jointe à votre album promo avec la traduction en français de vos titres m'a bien aidé. Je suis votre « voisine » de département, j'habite à Agen, et je ne comprends pas un mot de Gascon. Donc, ma question.... est-ce que vous pensez vos textes en français d'abord et vous les traduisez en Gascon ? Ou c'est du direct en Gascon ?

    L’écriture des textes est collégiale. Personnellement, j’écris directement en Gascon mais ce n’est pas le cas de mes camarades. Je traduis donc leurs textes. Enfin c’est plutôt une adaptation car on ne peut pas faire du mot à mot, les expressions ne sont pas les mêmes, il faut respecter le placement des accents toniques (ce qui n’existe pas en Français). C’est du sacré boulot tout ça (rires)

     

    Dans vos textes de chansons de votre album à venir « La Halha », vous abordez des légendes anciennes régionales, des personnages historiques locaux, des traditions locales. Vous vous êtes documentés ou vos parents ou plutôt même vos grands-parents vous ont racontés ces histoires quand vous étiez petits ?

    Pour ce qui est des textes plus légers qui parlent de la vie courante et de choses plus triviales (le tue –cochon par exemple) nous n’avons pas vraiment à nous documenter car ce sont des choses que nous vivons, que nous connaissons. Pour ce qui est des choses plus sérieuses comme la mythologie et l’histoire, nous faisons nos recherches. Il y a un gros travail à faire niveau historique car cette histoire n’est enseignée nulle part et surtout pas à l école. Il faut se la réapproprier et creuser les sujets. Nos textes ne sont pas d’une précision historique ultime car nous sommes limités par la musique, c’est plutôt de la vulgarisation. Nous essayons de rendre les clefs de leur histoire aux Gascons sous une forme ludique, et ceux qui le veulent vraiment peuvent approfondir les sujets en lisant des livres ou des articles sur le net. Petit à petit, à travers nos albums nous essayons modestement de créer notre propre « roman national » car il n’existe pas. Mais nous ne voulons pas trop idéaliser les événements et les personnages toutefois. Il faut rester fidèle à la réalité.

     

    En tout cas, avec vos titres, les « Nons-Gascons » vont apprendre qu'il n'y a pas que D'Artagnan, mais qu'il y a un « collègue » de Jeanne d'Arc : le chevalier de Xaintrailles, un soldat de Pau devenu roi de Suède... Pourquoi ces personnages-là et pas « la facilité » avec d'Artagnan par exemple ?

    Pour montrer qu’il y a justement autre chose que d’Artagnan. Le personnage est bien sympathique mais il est archi connu et tout à plus ou moins été dit sur lui. Un peu sur-exploité niveau image aussi le type ! Il y a tellement d’autres sujets et personnages qui méritent notre attention…et puis de base quand on fait du Heavy/Power Folk Metal Gascon, on ne choisit pas la facilité (rires). Sinon on ferait de la brit-pop en Anglais ou de la variété Française, on supprimerait les trois quarts des accords, la distortion et on jouerait devant des adolescents en expliquant que la vie est très dure car notre copine nous a largué pour un mec plus cool qui fait du stalking en la mineur et qui tient un salon de thé alternatif pas loin de la sortie 4 du métro.

     

    Est-ce difficile de faire du heavy, du power Metal en incluant des instruments traditionnels ? Qu'est-ce que cela apporte en plus ?

    Comme l’intégration de la langue, l’ajout des instruments traditionnels c’est fait très naturellement sans même se concerter. Je radote : mais ça coule de source (rires). Ce n’est pas très dur à intégrer. Il faut juste comprendre que l’on ne peut pas jouer sur toutes les tonalités et faire toutes les notes avec. Mais niveau sonorité cela apporte une grande richesse harmoniques et quelque chose de viscéral hérité de la simplicité de la musique traditionnelle. Et surtout : une identité sonore bien marquée !

     

    Peux-tu nous expliquer ce qu'est une flabuta et une boha ?

     La boha, cornemuse landaise est plus petite et moins sonore que la cornemuse de référence que tout le monde connaît (l’écossaise) mais a beaucoup plus de possibilité car on peut changer la note du bourdon (le son continu qui sert de support à la mélodie que l’on va jouer par-dessus), ce qui nous permet de visiter un large panel de tonalités. L’instrument a failli disparaître car le dernier joueur avait disparu sans descendance mais une cornemuse a été retrouvée dans un musée et à partir des années 70, plusieurs luthiers ont commencé à en re-fabriquer et la pratique de l’instrument a redémarrée, si bien qu’aujourd’hui des centaines (voire peut-être un millier, mais je m’avance) de personnes en jouent ! Un retour en force !

    La flabuta est un flûte à trois trous originaire du Béarn, elle se joue historiquement sur des musiques à danser. Elle est souvent accompagnée d’un tambourin à corde qui se joue simultanément (par la même personne) pour donner le rythme. C’est cet instrument que l’on entend sur « lo pèla pòrc » et « libertat »

     

    Quand vous étiez plus jeunes, quels groupes vous ont donné l'envie de devenir musiciens ?

    Iron Maiden, Helloween, Nadau, L’ouzoum, Dropkick Murphy’s, les Bandas…Il y en aurait beaucoup, mais trop peu de place pour tous les citer !

     

    Dans votre bio, j'ai vu qu'en 2018, vous avez fait 3 dates au Japon. Comment cela s'est-il passé ?

    Après avoir écumé la Gascogne en long, en large et en travers lors du "Gasconha estiu summer intergalactic tour en 2017", une opportunité absolument improbable et inespérée s'est présentée à nous : une tournée de trois dates au Japon avec des grads noms du Folk Metal en tête d'affiche. Autant dire que nous n'y avons pas réfléchi à deux fois, et Dieu que nous ne l'avons pas regretté !

    C'était la première fois que l'oon quittait le territoire national et quelle expérience ce fut !

    Une organisation millimétrée, des gens d'une gentillesse extraordinaire, un public très dévoué. A peine arrivés à Tokyo, on nous offrait des cadeaux et on signait des CD sans avoir joué la moindre notes. Lors du concert, des personnes au premier rang chantaient les paroles en Gascon phonétique ça secoue les tripes :  A la fin de la première journée on était déjà sur notre petit nuage. Un autre monde quoi. Le reste a été du même acabit. En bref : une expédition inoubliable !

    On en retient que du positife et pour tout dire quand on est rentrés à la maison on s'est demandé si tout cela avait bien eu lieu, si ce n'était pas notre imagination qui nous avait joué des tours. Mais non, on l'a bien fait et une fois qu'on l'a réalisé, cela a entraîné une semi-dépression post-nippone. Faut dire que quand tu rentres à Paris, ça calme de suite. Le premier truc qu'on a vu c'est des mecs qui grugent le RER sans ticket alors qu'à Tokyo il n'y a même pas de barrière dans le métro, que personne ne pensent une seule seconde à frauder. J'espère qu'on aura l'occasion d'y retourner un jour. En tout cas pour avoir échangé avec le public après les concerts, la demande est bien là et de notre côté l'envie aussi.

    Mais mieux que des mots, nous vous proposons de revivre ces moments avec deux reportages qui retranscrivent à merveille l'ambiance :

     

     

    Si vous deviez choisir une seule chanson du nouvel album pour en parler, cela serait laquelle et pourquoi?

     Rèi de Suèda. C’est une chanson qui date de 2011, avant même la sortie de notre premier album. Nous n’avions pas pu l’inclure dans nos précédents albums car trop longue ou trop pesante, elle aurait plombé ces disques. Mais pour « La Halha », c’était le bon moment et nous avons bien fait d’attendre car la chanson a beaucoup évolué depuis ! Un jour Pierre (notre bohaire…le joueur de boha) me dit : « Et tu ne crois pas qu’on pourrait mettre un peu de nyckelharpa, vu que le morceau parle de la Suède ? », je lui ai répondu que c’était une excellente idée et j’ai donc crée des parties spéciales, arrangé des espaces pour cela. Puis après, en se concertant on a fini se dire : « Ce serait quand même excellent si finalement on la chantait en mi Suédois/mi Gascon ! ». Du coup, on s’est mis à la recherche d’un Suédois pour faire la traduction et chanter ça ! On en a trouvé un du nom de Samuel Byström du groupe Midvinterblot et la chanson à pris la forme que vous lui connaissez aujourd’hui. Je ne sais pas comment on aurait pu aller plus loin dans le concept (rires).

    C’est un gros pavé de plus de 9 minutes avec de nombreux changements, une large place est accordée aux instruments acoustiques, il y a ce ping pong linguistique et cette fin très énervée aux mélodies Maideniennes. En bref : un titre très complet qui nous a demandé énormément de travail et qui représente un aboutissement pour nous.

    Et puis cette histoire vraie de Bernadotte, un mec de Pau, de petite bourgeoisie qui finit par se faire adopter à l’âge adulte par le Roi de Suède (et de Norvège) pour finalement lui succéder quelques années plus tard…c’est typiquement le genre de récits que l’on aurait aimé trouver dans le Fernand Nathan au collège. Un musée lui est dédié à Pau et la famille royale Suédoise est même venue le visiter il y a quelques années. Pour revenir quelques questions avant : le jour ou d’Artagnan aura un parcours aussi stylé, on lui dédiera une chanson (rires)

     

    Mais comment ne pas parler du morceau « Abelion » aussi. C’est celui qui représente le mieux l’album. Il y a ce break au riff quasi hardcore auquel succède un solo délicat d’accordéon qui embraye sur un plan néoclassique grandiloquent au possible. C’est tout là, la dualité de cet album : le raffinement dans la violence ! Ce disque c’est le portrait d’un schizophrène ! Tu sens que le matin le mec peut aller tabasser des têtards à main nue et l’après-midi, écrire des sonnets en Alexandrins. Tu sens que le mec, à la pause déjeuner du midi, il hésite entre faire un attentat au C15 piégé devant un EHPAD ou regarder des tutos cupcakes sur femme actuelle TV.

    Si cet album était un joueur de rugby, il serait à la fois le seconde ligne en surcharge pondérale, qui a fait un weight watchers du cerveau et qui balance des marmites à tout le monde pour se venger du fait que « les maillots sont trop petits » et en même temps le demi d’ouverture qui se coiffe au gel avant de rentrer sur la pelouse pour propulser des chisteras sautées de 40 mètres sans regarder.

     Bref, un bon résumé de « La Halha », c’est ça : se faire tabasser en alexandrins

     

    Je vous laisse le mot de la fin, si vous avez quelque chose à rajouter, n'hésitez pas !

    Merci d'avoir pris le temps de répondre à mes questions !

    Merci à toi Valérie pour cette interview et le bonjour à tous les lecteurs de Hard Rock 80, qui se verra renommé exceptionnellement pour une journée « Folk Metal ‘10 ».

    Adishatz a tots e portatz-vos plan !

     

     

     

     

     

    « WITHIN TEMPTATION : Sharon Den Adel vidéo interview du 22 mai 2020BOISSON DIVINE : La Halha (2020) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :